Mathéo Legal
Ses peintures ne sont que de la boue sur de la toile, des plans resserrés et des petits formats. Derrière des peintures qui pourraient se résumer à une série d’images aux couleurs sourdes, il y a un marcheur qui collecte au gré de ses promenades les matériaux de sa réflexion. Le peintre marche, regarde, collecte, prélève comme un scientifique le ferait et, aux creux de sa main, se mêlent terres, fleurs ou fruits cueillis sur les sentiers. Pour fabriquer ses peintures, Mathéo Legal répète toujours le même processus, l’ajuste, le consigne ou le rature dans un livre de recette. Dans son atelier, les éléments collectés se transforment : ils deviennent pigments, encres, supports, avant de devenir image que le temps rendra probablement atone.
La série « Ci-gît » témoigne de cette pratique pragmatique. Elle représente Le torse boursouflé d’un Christ au tombeau, La fleur tombante d’une serre tropicale et Le visage à peine éveillé d’un·e inconnu·e. Mathéo a récolté des fleurs de digitale pourpre, des fruits de prunellier et des fleurs d’ajonc d’Europe. Pesées, macérées, cuites, filtrées et transformées, ces encres mordent à une toile mélangée à une bouillie de peau de lapin pour y laisser apparaître du bleu, du vert et du jaune.
Dès sa première année à l’université, Mathéo Legal découvre un goût pour la peinture en jouant librement avec la matière et les couleurs. Progressivement, il se tourne vers la peinture à l’huile, appréciant la facture léchée qu’elle permet. Pratiquant de manière autodidacte, il intègre dans ses toiles des fragments d’œuvres issues de l’histoire de l’art occidental, en réinterprétant ces références. Confronté aux contraintes économiques de son statut d’étudiant, il fabrique ses propres supports en recyclant des tissus usagés et en utilisant de la colle de peau de lapin. Toutefois, la peinture à l’huile limite l’exploration gestuelle et l’utilisation de grands formats, l’incitant à fabriquer lui-même ses couleurs et ses pigments.
C’est en périphérie de Rennes que Mathéo trouve une liberté. Tel un marcheur dans la nature, il récolte terres, racines, cailloux et fleurs qu’il transforme en pigments. Alchimiste des couleurs, il ne prend que le nécessaire, respectant l’équilibre des écosystèmes. Il broie ensuite ses matériaux, les tamise et les mélange à des liants naturels : huile de lin, eau, cendre végétale ou jaunes d’œufs, écrivant ses propres recettes. Aujourd’hui, Mathéo présente des toiles de formats plus réduits, fragiles où se conjuguent expérimentations scientifiques et images tirées de son quotidien.
